Alain Ade

Mois : décembre, 2013

THOMAS CLERC, MAÎTRE CARRÉ

TC-1Je viens d’en faire le tour et je regrette qu’il n’y ait ni cave ni grenier. Dans Intérieur (éditions Gallimard), Thomas Clerc, descripteur exhaustif et maître carré, inventorie minutieusement le contenu de son appartement. Pièce par pièce. Du sol au plafond. Mais, contrairement à monsieur Propre, même si c’est pour se voir dedans, ce n’est ni pour briller ni pour en mettre plein la vue — en l’occurrence la rue du Faubourg Saint-Martin, dans le Xème arrondissement, où se situe le logis. Car l’appartement en question, qu’il a acheté, et dans lequel il a emménagé le 11 septembre 2001, est de taille très moyenne (50 m2). Il lui résiste souvent — Ah, les chutes de tringles, gag récurent, ou ce refus de se doter d’un escabeau, grignoté tout de même par le doute « je suis vaincu par la nécessité de l’acquérir 1 jour, puisque son absence multiplie les avanies et les heures passées à les réparer » —, et signe surtout un arrangement avec le statut d’héritier fauché que lui a légué son père, ruiné, le privant des grandes surfaces auxquelles il aspire (non pas pour péter dans la soie comme lorsqu’il était enfant, mais pour disposer, par exemple, d’un lit pour le sommeil et d’un autre pour l’amour, bel hommage à la notion de « chambre à part »). Et partant, bien qu’il y reste, l’oblige à composer. Mais quelle partition ! Ce n’est pas une symphonie, aucune boursouflure sinon trois cloques sur les murs, mais une musique sérielle de chambre, donc, mais aussi d’entrée, de W.C., de salle de bain, de cuisine, de bureau et de salon. Une sonate des pénates, postmoderne comme les plasticiens qui hantent les lieux, écrite dans une langue amoureuse de la précision, qui parfois claque, parfois caresse, ne craint pas les adjectifs objectifs, une langue de concision et d’esprit, avec juste ce qu’il faut de hauteur de vue et d’ironie, ces marchepieds du style. Une langue qui donne à voir, rien qu’en écartant les rideaux d’une penderie sur telle ou telle veste qu’il prend (au propre comme au figuré — il est souvent question du rapport des femmes à ce logis où elles ne vivent pas), la doublure d’une existence réversible. Ce qu’il appelle, ailleurs, « les tendances », violemment opposées en lui, « du distinctif et du démocratique ». Et puisque la plupart des écrivains du « je » se révèlent plutôt dandys manchots quand il s’agit de d’écrire, je laisse le dernier mot (beau comme du Léo Ferré seventies) à ce dandy de grand chemin, à propos de l’accumulation des vêtements, une de ses obsessions : « Ce théorème d’autant plus désagréable qu’il est plus vrai, je le trouve confirmé chez d’autres, des femmes ou des sapeurs, des lions et des midinettes, des bourgeois et des cagoles qui retardent l’heure de la poussière en cramant leurs billets à échéance. L’accusation de consumérisme et de grand déballage ne m’intéresse pas, ou alors il faut l’adresser à toute 1 époque sinistre, égotique et moyenne. »

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L’EURE DU LIVRE (2)

En attendant  les photos, voici l’affiche. Ce fut une belle journée. J’ai parlé cheval avec Alexandra Ledermann, championne d’Europe et championne olympique d’équitation, qui a bien voulu me pardonner de ne rien y connaître,
et novélisation au temps de Louis Feuillade avec Jean-Paul Ollivier.
Paulo la Science a évoqué André Leducq, un cycliste des années 1930 qui a la particularité d’avoir joué dans les films de Feuillade avant de gagner deux fois le Tour de France. J’ai également évoqué la formidable aventure des cinéastes rouennais des années 1970-1980 autour de Jean-Claude Guezennec
et Claude Duty, lors d’un café littéraire animé par Fred Romanik,
de France Bleu Haute-Normandie.

Affiche Évreux