Alain Ade

Catégorie: Non classé

Tartes postales (12)

Égypte

Après avoir résolu le mystère des Pyramides, les experts,
satisfaits, décidèrent de rentrer à la maison.

L’EURE DU LIVRE (3)

Voilà enfin les photos ! Merci Jean-Pierre. J’en profite pour vous souhaiter à tous une excellente année 2014, de bons films, de bonnes lectures et de fréquentes visites sur ce blog. J’essaierai de l’alimenter encore plus.

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THOMAS CLERC, MAÎTRE CARRÉ

TC-1Je viens d’en faire le tour et je regrette qu’il n’y ait ni cave ni grenier. Dans Intérieur (éditions Gallimard), Thomas Clerc, descripteur exhaustif et maître carré, inventorie minutieusement le contenu de son appartement. Pièce par pièce. Du sol au plafond. Mais, contrairement à monsieur Propre, même si c’est pour se voir dedans, ce n’est ni pour briller ni pour en mettre plein la vue — en l’occurrence la rue du Faubourg Saint-Martin, dans le Xème arrondissement, où se situe le logis. Car l’appartement en question, qu’il a acheté, et dans lequel il a emménagé le 11 septembre 2001, est de taille très moyenne (50 m2). Il lui résiste souvent — Ah, les chutes de tringles, gag récurent, ou ce refus de se doter d’un escabeau, grignoté tout de même par le doute « je suis vaincu par la nécessité de l’acquérir 1 jour, puisque son absence multiplie les avanies et les heures passées à les réparer » —, et signe surtout un arrangement avec le statut d’héritier fauché que lui a légué son père, ruiné, le privant des grandes surfaces auxquelles il aspire (non pas pour péter dans la soie comme lorsqu’il était enfant, mais pour disposer, par exemple, d’un lit pour le sommeil et d’un autre pour l’amour, bel hommage à la notion de « chambre à part »). Et partant, bien qu’il y reste, l’oblige à composer. Mais quelle partition ! Ce n’est pas une symphonie, aucune boursouflure sinon trois cloques sur les murs, mais une musique sérielle de chambre, donc, mais aussi d’entrée, de W.C., de salle de bain, de cuisine, de bureau et de salon. Une sonate des pénates, postmoderne comme les plasticiens qui hantent les lieux, écrite dans une langue amoureuse de la précision, qui parfois claque, parfois caresse, ne craint pas les adjectifs objectifs, une langue de concision et d’esprit, avec juste ce qu’il faut de hauteur de vue et d’ironie, ces marchepieds du style. Une langue qui donne à voir, rien qu’en écartant les rideaux d’une penderie sur telle ou telle veste qu’il prend (au propre comme au figuré — il est souvent question du rapport des femmes à ce logis où elles ne vivent pas), la doublure d’une existence réversible. Ce qu’il appelle, ailleurs, « les tendances », violemment opposées en lui, « du distinctif et du démocratique ». Et puisque la plupart des écrivains du « je » se révèlent plutôt dandys manchots quand il s’agit de d’écrire, je laisse le dernier mot (beau comme du Léo Ferré seventies) à ce dandy de grand chemin, à propos de l’accumulation des vêtements, une de ses obsessions : « Ce théorème d’autant plus désagréable qu’il est plus vrai, je le trouve confirmé chez d’autres, des femmes ou des sapeurs, des lions et des midinettes, des bourgeois et des cagoles qui retardent l’heure de la poussière en cramant leurs billets à échéance. L’accusation de consumérisme et de grand déballage ne m’intéresse pas, ou alors il faut l’adresser à toute 1 époque sinistre, égotique et moyenne. »

L’EURE DU LIVRE (2)

En attendant  les photos, voici l’affiche. Ce fut une belle journée. J’ai parlé cheval avec Alexandra Ledermann, championne d’Europe et championne olympique d’équitation, qui a bien voulu me pardonner de ne rien y connaître,
et novélisation au temps de Louis Feuillade avec Jean-Paul Ollivier.
Paulo la Science a évoqué André Leducq, un cycliste des années 1930 qui a la particularité d’avoir joué dans les films de Feuillade avant de gagner deux fois le Tour de France. J’ai également évoqué la formidable aventure des cinéastes rouennais des années 1970-1980 autour de Jean-Claude Guezennec
et Claude Duty, lors d’un café littéraire animé par Fred Romanik,
de France Bleu Haute-Normandie.

Affiche Évreux

L’EURE DU LIVRE

UVF 1943

Non, il n’y a pas de faute dans le titre. C’est le nom du salon du livre d’Évreux, qui se tiendra le dimanche 8 décembre de 10 heures à 18 heures dans le hall
du Conseil général de l’Eure. J’y suis invité et je dédicacerai les VILLAGE FRANÇAIS 1940, 1941, 1942 et 1943, ainsi que LA COMMANDERIE. Une bonne occasion de vous rencontrer, lecteurs normands. Vous trouverez sur la page Facebook de l’EURE DU LIVRE une foule de renseignements
sur les auteurs présents.

Bonnes vacances

Rendez-vous fin août et bonnes vacances à tous . Nous, ça sera ici :

 

H

Sous un phonème (2) – réponse

La réponse à Sous un phonème (2) était :

Hollande limoge Batho

Bravo Marie-Édith.

En effet :

moulin + tulipes = Hollande ; porcelaine de Limoges = limoge ; bateau = Batho

Sous un phonème (2)

Bonjour, saurez-vous résoudre ce rébus visuel
particulièrement d’actualité et plutôt facile ?

HLB 2

MOUSTAKI, MA LIBERTÉ

 

 GM

Georges Moustaki est mort. Les chanteurs ne tiennent pas de discours. Ils posent des notes au bas de nos vies blanches et c’est à nous de remplir les pages, parfois d’y trouver un sens. Avec lui, ce fut le sens de l’Orient passion. Peu de chanteurs refont le monde. Ceux qui l’ont scruté de près le rapiècent à peine, et c’est déjà beaucoup. Ils resserrent les mailles de nos accrocs, refont nos trames personnelles, qui sont rarement en quatre volumes.

Lorsque nous étions enfants, mes frères et moi avions des pieds de caoutchouc. Nous étions une fratrie où s’échangeait le bien commun sous l’horizon indépassable du sommet de notre colline, la bien nommée Côte de Velours : l’unique vélo pour quatre, les engueulades sur le chemin du collège, le portique et sa balançoire, les petites fiancées de la rue de la Marne aux baisers chewing-gums. Dans ce quartier dont le nom des rues exhalait la Grande Guerre, nos maisonnettes sentaient le contreplaqué, le pyrex, la toile cirée. Moustaki est arrivé là-dessus comme un vent solaire. Il a posé des babouches sur nos affreux carrelages et des nappes de lin sur nos tables en formica. Il y avait un jardin qu’on appelait la terre. Il brillait au soleil comme un fruit défendu. Il a déployé des continents sur nos pelouses, des lits de mousse sous les feuillées de nos rhubarbes et nous nous sommes pris à rêver, si loin, de cyprès et de vignes. Ensuite, seulement, nous avons pris le temps de vivre, d’être libres.

Tout est devenu possible, tout a été permis.  Il a suffi que trois ou quatre métèques déroulent sous nos pas hésitants le tapis de la solitude, cette douce habitude, les entrelacs de la carte du tendre, le poing levé des anarchistes, le regard fugace des passantes. Moustaki, le Juif d’Alexandrie, fut pour moi le premier. Brassens, le maçon bourru, le ciseleur de textes, le suivit de près, puis il y eut Ferré, le rital lyrique, leur père en indignation.

Avec mon ami Thierry G., nous écoutions Moustaki en boucle les jeudis après-midi, chœur transi, doigts gourds sur nos guitares jalouses, dans la maison des parents de Thierry, à Mont-Saint-Aignan. Il tomba comme une pluie de jasmin sur nos quatorze ans. Il amenait dans ses mélodies lentes un tangage de Méditerranée, un roulis de figues, le sourire des filles du soleil, les corsages de Corfou, mais aussi une tristesse de la mémoire qui allait bientôt nous servir de viatique romantique. Juste une croix qui déchire le vent, mes souvenirs sont les seuls survivants. Il semblait ne sortir de nulle part, émerger du sirocco, naître de terres arides. Ses mélodies se jouaient en clé d’utopie.

Nous ne savions alors presque rien de la période rive gauche — Piaf et Milord — de ce Giuseppe Mustacchi qui avait, dix ans plus tôt et encore imberbe, soufflé ses chansons aux grandes voix de l’époque, Montand, Reggiani, Barbara, sans intention de les chanter lui-même. Entre temps, Yussef/Giuseppe/Joseph était devenu Georges, en hommage au sétois, et s’était décidé à faire entendre lui-même sa voix de houle. Il nous arriva directement de cette deuxième vie, glissant grisant sur l’arc-en-ciel de sa liberté jusqu’à l’île Saint-Louis, cheveux poivre et sel et barbe de voyageur encadrant un sourire trempé dans le miel. Cette liberté, il l’appelait perle rare. Son écrin était la conscience de vivre, son collier, la fraternité universelle, son prix, le temps qu’il fallait pour l’atteindre. La guitare avait remplacé le piano, et ce fut plus facile pour Thierry et moi de l’imiter, démangés que nous étions de presser nos six cordes pour en extraire l’ersatz de notre admiration.

Nous écrivîmes une dizaine de chansons. J’ai encore en tête certaines mélodies, et j’ai conservé les textes. Elles calquaient avec une déférence maladroite les Rois serviles, Sarah, Le Temps de vivre. Elles puisaient aux mêmes sources du désir, du désert, des îles, des illusions, de la paresse, du rhum, de l’eau, des hommes, des opprimés. Avec lui, les distances n’étaient plus un souci. Les frontières paraissaient une bizarrerie du monde ancien. La Méditerranée, océan universel, roulait sa vague tiède entre l’Égypte, le Brésil, les Antilles, le Mexique, la Grèce. Au dessus, un soleil éternel chauffait les terres inconnues où les filles les moins sages vivent sur le rivage, à moitié nues. Des voiles de felouques flottaient au vent du large, noires et blanches exilées d’une portée sans sol. Des filles déhanchées hantaient l’horizon de leur voix douces, rondes d’une partition caressante, sirènes d’Ulysse ayant réussi leur coup. Avec ses rythmes lents, il esquissait des airs de repos, tressant des hamacs pour les siestes des siestes sur l’autoroute d’un monde obnubilé par la compétition, la vitesse, la propriété. Il nous fit comprendre que chacun est son propre maître et son propre dieu, qu’il n’y a pas à chercher ailleurs, sauf à vouloir s’aliéner.

Son verbe avait la simplicité des messages murmurés dans cette exaltation douce que l’on nomme parfois révolution permanente et que l’on a, plus que jamais, envie de suivre jusqu’au bout. Georges Moustaki est mort, la Méditerranée est à l’étal et je suis orphelin de mer.

Digression parue dans Politis le 29 mai 2013

Tartes postales (7)

TP7

Ah, Cannes ! Ses fameuses projections en plein air ! Ses resquilleurs au pied de l’écran ! Son vendeur de glaces ! Son Vincent Maraval tourné du mauvais côté pour protester contre les budgets pharaoniques des films français !

Non, je galéje ! Il s’agit de la plage de Sitges, sur la Costa Dorada. La carte,
du début des années 1980, est envoyée par Catherine.