Adieu Fabrice

par Alain Ade

Fabrice

Fabrice Ferrari est mort d’un cancer, le 23 août, à 46 ans. Je viens de l’apprendre. Il avait été le premier monteur d’Arrêt sur Images, j’en étais le documentaliste. Nous avons travaillé plusieurs années ensemble chez Riff productions, avec Alain Taïeb, Vincent Lamy, Daniel Schneidermann, Olivier Barrot, François Chayé… C’était l’époque où l’on pouvait encore croiser Pierre Carles dans les salles de montage d’émissions formatées de la télévision française auxquelles l’un et l’autre allaient progressivement renoncer, ou qu’ils allaient infléchir de leur regard combatif. Pierre Carles pour le début des aventures de Pas vu pas pris, Fabrice pour la réalisation et la production indépendante à travers La Vaka Production, la boîte qu’il avait montée avec Gilles Perret dans sa Savoie natale et à qui l’on doit, entre autres, le formidable Les jours heureux, consacré à l’élaboration et à l’héritage du programme du CNR. Je le voyais peu depuis l’époque de la rue de Javel, mais il m’envoyait des invitations aux avant-premières des films qu’il produisait. Il m’arrivait de lui envoyer mes livres. C’était un grand type, sympathique et chaleureux. Sa taille ne l’a pourtant jamais poussé à regarder les gens de haut. Combien de repas avons-nous partagé dans les brasseries de la rue Saint-Charles… Je ne l’ai jamais vu s’énerver contre qui que ce soit, y compris contre les fumistes cathodiques, dont il préférait sourire discrètement. Il était lucide et malin. Il n’a jamais baissé les bras. Seule cette saleté de crabe a eu raison de son optimisme et de sa détermination. Le (bon) documentaire perd un pilier, et nous sommes nombreux à perdre un ami.

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