Alain Ade

Tartes postales (10)

Âne

Juillet 1972. Richard N., un copain de lycée, passe ses vacances en Bretagne.
Il m’écrit chez mes parents. Le code postal est à deux chiffres, le timbre à 30 centimes de franc. Je ne sais plus si la carte fait allusion au fait que je n’ai strictement rien fait en première. Sans doute. D’ailleurs, à la rentrée, envahi par un irrépressible besoin d’autonomie, j’abandonnerai lycée et conservatoire et chercherai du travail. Le plus fort, c’est que j’en trouverai.

En librairie le 3 octobre !

UVF 1943 4 de couvUVF 1943

Tartes postales (9)

B

 

Nuages, pluie, bruine, brume ces temps-ci sur Paris, alors que nous sommes encore en été… Tiens, pourquoi est-ce que je pense à la Bretagne ? Heureusement, la légende de la photo dément les clichés météorologiques : « Une gentille petite Rospordinoise ». Autrement dit, une habitante de Rosporden, dans le Finistère. La carte est envoyée par Didier et Christine. Il me semble, au vu du timbre, qu’elle est de 1989.

Bonnes vacances

Rendez-vous fin août et bonnes vacances à tous . Nous, ça sera ici :

 

H

Sous un phonème (2) – réponse

La réponse à Sous un phonème (2) était :

Hollande limoge Batho

Bravo Marie-Édith.

En effet :

moulin + tulipes = Hollande ; porcelaine de Limoges = limoge ; bateau = Batho

Sous un phonème (2)

Bonjour, saurez-vous résoudre ce rébus visuel
particulièrement d’actualité et plutôt facile ?

HLB 2

Tartes postales (8)

BoumFévrier 1989. Pierre C. est en repérages à Rome avec Joseph M. Il m’informe que ça se passe plutôt bien et que ça ressemble plus à du tourisme qu’à des repérages éprouvants. Son seul regret : ne pas avoir réussi à mettre la main sur Les Versets sataniques. Plus tard, j’utiliserai cette photo « so twist » en couverture d’un livret de paroles de chansons, dont je pensais naïvement que les éditeurs de musique, via la Sacem, s’empareraient afin de rapprocher auteurs méconnus, compositeurs et chanteurs en recherche de textes. Peine perdue !

MOUSTAKI, MA LIBERTÉ

 

 GM

Georges Moustaki est mort. Les chanteurs ne tiennent pas de discours. Ils posent des notes au bas de nos vies blanches et c’est à nous de remplir les pages, parfois d’y trouver un sens. Avec lui, ce fut le sens de l’Orient passion. Peu de chanteurs refont le monde. Ceux qui l’ont scruté de près le rapiècent à peine, et c’est déjà beaucoup. Ils resserrent les mailles de nos accrocs, refont nos trames personnelles, qui sont rarement en quatre volumes.

Lorsque nous étions enfants, mes frères et moi avions des pieds de caoutchouc. Nous étions une fratrie où s’échangeait le bien commun sous l’horizon indépassable du sommet de notre colline, la bien nommée Côte de Velours : l’unique vélo pour quatre, les engueulades sur le chemin du collège, le portique et sa balançoire, les petites fiancées de la rue de la Marne aux baisers chewing-gums. Dans ce quartier dont le nom des rues exhalait la Grande Guerre, nos maisonnettes sentaient le contreplaqué, le pyrex, la toile cirée. Moustaki est arrivé là-dessus comme un vent solaire. Il a posé des babouches sur nos affreux carrelages et des nappes de lin sur nos tables en formica. Il y avait un jardin qu’on appelait la terre. Il brillait au soleil comme un fruit défendu. Il a déployé des continents sur nos pelouses, des lits de mousse sous les feuillées de nos rhubarbes et nous nous sommes pris à rêver, si loin, de cyprès et de vignes. Ensuite, seulement, nous avons pris le temps de vivre, d’être libres.

Tout est devenu possible, tout a été permis.  Il a suffi que trois ou quatre métèques déroulent sous nos pas hésitants le tapis de la solitude, cette douce habitude, les entrelacs de la carte du tendre, le poing levé des anarchistes, le regard fugace des passantes. Moustaki, le Juif d’Alexandrie, fut pour moi le premier. Brassens, le maçon bourru, le ciseleur de textes, le suivit de près, puis il y eut Ferré, le rital lyrique, leur père en indignation.

Avec mon ami Thierry G., nous écoutions Moustaki en boucle les jeudis après-midi, chœur transi, doigts gourds sur nos guitares jalouses, dans la maison des parents de Thierry, à Mont-Saint-Aignan. Il tomba comme une pluie de jasmin sur nos quatorze ans. Il amenait dans ses mélodies lentes un tangage de Méditerranée, un roulis de figues, le sourire des filles du soleil, les corsages de Corfou, mais aussi une tristesse de la mémoire qui allait bientôt nous servir de viatique romantique. Juste une croix qui déchire le vent, mes souvenirs sont les seuls survivants. Il semblait ne sortir de nulle part, émerger du sirocco, naître de terres arides. Ses mélodies se jouaient en clé d’utopie.

Nous ne savions alors presque rien de la période rive gauche — Piaf et Milord — de ce Giuseppe Mustacchi qui avait, dix ans plus tôt et encore imberbe, soufflé ses chansons aux grandes voix de l’époque, Montand, Reggiani, Barbara, sans intention de les chanter lui-même. Entre temps, Yussef/Giuseppe/Joseph était devenu Georges, en hommage au sétois, et s’était décidé à faire entendre lui-même sa voix de houle. Il nous arriva directement de cette deuxième vie, glissant grisant sur l’arc-en-ciel de sa liberté jusqu’à l’île Saint-Louis, cheveux poivre et sel et barbe de voyageur encadrant un sourire trempé dans le miel. Cette liberté, il l’appelait perle rare. Son écrin était la conscience de vivre, son collier, la fraternité universelle, son prix, le temps qu’il fallait pour l’atteindre. La guitare avait remplacé le piano, et ce fut plus facile pour Thierry et moi de l’imiter, démangés que nous étions de presser nos six cordes pour en extraire l’ersatz de notre admiration.

Nous écrivîmes une dizaine de chansons. J’ai encore en tête certaines mélodies, et j’ai conservé les textes. Elles calquaient avec une déférence maladroite les Rois serviles, Sarah, Le Temps de vivre. Elles puisaient aux mêmes sources du désir, du désert, des îles, des illusions, de la paresse, du rhum, de l’eau, des hommes, des opprimés. Avec lui, les distances n’étaient plus un souci. Les frontières paraissaient une bizarrerie du monde ancien. La Méditerranée, océan universel, roulait sa vague tiède entre l’Égypte, le Brésil, les Antilles, le Mexique, la Grèce. Au dessus, un soleil éternel chauffait les terres inconnues où les filles les moins sages vivent sur le rivage, à moitié nues. Des voiles de felouques flottaient au vent du large, noires et blanches exilées d’une portée sans sol. Des filles déhanchées hantaient l’horizon de leur voix douces, rondes d’une partition caressante, sirènes d’Ulysse ayant réussi leur coup. Avec ses rythmes lents, il esquissait des airs de repos, tressant des hamacs pour les siestes des siestes sur l’autoroute d’un monde obnubilé par la compétition, la vitesse, la propriété. Il nous fit comprendre que chacun est son propre maître et son propre dieu, qu’il n’y a pas à chercher ailleurs, sauf à vouloir s’aliéner.

Son verbe avait la simplicité des messages murmurés dans cette exaltation douce que l’on nomme parfois révolution permanente et que l’on a, plus que jamais, envie de suivre jusqu’au bout. Georges Moustaki est mort, la Méditerranée est à l’étal et je suis orphelin de mer.

Digression parue dans Politis le 29 mai 2013

Tartes postales (7)

TP7

Ah, Cannes ! Ses fameuses projections en plein air ! Ses resquilleurs au pied de l’écran ! Son vendeur de glaces ! Son Vincent Maraval tourné du mauvais côté pour protester contre les budgets pharaoniques des films français !

Non, je galéje ! Il s’agit de la plage de Sitges, sur la Costa Dorada. La carte,
du début des années 1980, est envoyée par Catherine.

Henri, gay ? No !

Guaino def

Après Jeannot Lapin, Guaino Lapsus ! Le député des Yvelines a voté pour le mariage pour tous, par erreur. Il s’est trompé de bouton. Comme c’est trognon !